La victoire du Non le 29 mai dernier, a principalement été la défaite du Oui de gauche. La droite et le centre ont largement voté Oui, et si le Non la emporté, avec lampleur que lon connaît, cest quil a fait au sein de la gauche de gouvernement, principalement socialiste, un score anormalement élevé. Pour quelles raisons les leaders socialistes ont-ils été incapables dentraîner vers le Oui leurs sympathisants ou leurs électeurs, pourtant largement pro-européens ? La situation sociale dégradée, la persistance du chômage de masse, la grave perte de confiance vis-à-vis des politiques, ont joué un rôle non négligeable dans le refus exprimé par lélectorat de gauche.
Pourtant une autre raison a été plus décisive encore. Comme tout le monde, les électeurs de gauche savent que lEurope est libérale, pas ultra libérale comme certains len accusent sans respect pour le sens des mots, mais libérale, acceptant clairement la loi du marché et la libre concurrence. Les importantes avancées démocratiques et sociales du projet constitutionnel ne lui ôtaient pas ce caractère. Comment, faisant cette constatation, les électeurs de gauche pouvait-ils suivre ceux des socialistes qui, tout en fustigeant à longueur de discours le libéralisme, leur demandaient dapprouver cette Europe et ce projet libéral ? La contradiction apparaissait trop flagrante pour ne pas entraîner le malaise, la méfiance, le rejet.
Les tenants socialistes du Non, malgré le populisme dont ils ont fait preuve, étaient plus logiques: leur vote de rejet était en ligne avec les campagnes menées par les socialistes contre le libéralisme. De la même façon quétaient cohérents les sociaux libéraux qui demandaient dapprouver cette constitution, sans stigmatiser le libéralisme. Le positionnement ambigu, lattitude craintive, le discours contradictoire « votez pour cette constitution (libérale) et luttez contre le libéralisme », ont encore une fois conduit à léchec, comme ils avaient provoqué ceux de 2002. Le parler cohérent (à défaut du parler vrai) deviendrait-il efficace ?
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Aujourdhui, le PS se trouve une fois encore à un moment crucial de son existence. La division du parti, entre les partisans du oui et ceux du non, nest pas conjoncturelle mais fondamentale. Elle doit conduire à faire un choix clair entre deux voies contradictoires:
La première, celle qui vient de triompher avec le « non à lEurope », est celle de lanti-libéralisme dogmatique, du conservatisme dune gauche qui refuse lévolution du monde et exprime sa peur de lavenir. Cest aussi la voie du repliement sur les discours convenus, les solutions démagogiques et dépassées, les corporatismes
La seconde voie est celle de la prise en compte des opportunités de la concurrence et de léconomie de marché, de la recherche de la mobilisation sociale et de la régulation autour des valeurs déquité, de responsabilité, dinitiative et de solidarité. Cest celle de lintégration active dans le vaste mouvement européen de rénovation de la gauche et du centre gauche.
Entre ces deux voies, il faudra trancher, car elles sont inconciliables et toute voie intermédiaire serait illisible, source de confusion et conduirait encore une fois à léchec. Le parti socialiste doit éviter de se laisser aller à la tentation faussement prudente de rechercher une synthèse, forcément artificielle, entre ces deux lignes antagonistes qui traduisent des visions contraires de la société et de lavenir, avec toutes les divergences que cela implique en terme de valeurs et de principes, de projet politique et dalliances au plan européen.
Malheureusement ce choix de la clarté, qui serait aussi celui de lefficacité, nest pas le plus probable. On peut craindre que lon se hâte de résorber les graves oppositions et les fractures qua révélées la campagne référendaire, que lon oublie certains échos populistes voire xénophobes, et qu au nom de l « unité du parti », dans un grand élan simplificateur dopposition frontale au gouvernement, les socialistes se rassemblent dans la plus parfaite confusion, mêlent les objectifs et les propositions contradictoires, et retournent aux joies du double langage, de lambiguïté, de la posture contestataire et démagogique. Qui peut imaginer la victoire au bout de ce chemin qui nous a par deux fois conduit à la défaite ?
Le parti socialiste est, dans son histoire récente, tombé dans bien des pièges. Le prochain quil doit éviter est celui du rassemblement hâtif, qui serait plus factice, plus porteur de confusion et donc plus dangereux pour lui-même que jamais.
Jean- Marie Bockel Marc dHéré
Sénateur Maire de Mulhouse Président de « GENERATIONS EUROPE »
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