L'association

 

Générations Europe s'est constitué en association et a désigné son bureau, constitué de

Marc d'Héré (Président), Martine Bidegain, Elisabeth Boyer, Maryline Lugosi, Gérard Bardier, Gabriel Cohn Bendit et Gilles Norroy

Parmi les premiers signataires de l'Appel:

Christian BLANC (Energies Démocrates), Jean Marie BOCKEL (Gauche Moderne, PS), Daniel COHN BENDIT(Verts), Philippe HERZOG (Confrontations),Bernard KOUCHNER (Réunir, PS) Corinne LEPAGE (CAP 21),Nicole NOTAT, Marielle de SARNEZ(UDF), Lionel STOLERU (MRG)

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Samedi 25 novembre 2006

Dans Le Monde daté du vendredi 24 novembre, Jacques Calvet, ancien patron de PSA, fustige le faible niveau des propositions faites par les différents partis , et s’en prend à la droite au sujet de l’idée de concertation avec les organisations syndicales avant toute réforme du droit du travail et à la gauche à propos des 35 heures.

Il est intéressant de comparer les propos et les pratiques de l’ancien patron.

 Il justifie son opposition à la concertation en expliquant que les syndicats sont profondément conservateurs et ne s’intéressent ni aux chômeurs ni aux jeunes. Il est vrai que J Calvet n’aime pas beaucoup les syndicats qui ne sont pas aux ordres ni les syndicalistes. La justice a d’ailleurs condamné son entreprise pour discrimination anti syndicale au niveau des rémunérations. Son successeur a  décidé de revenir à un fonctionnement normal et a signé un accord pour que les syndicalistes (en particulier les permanents) aient une évolution de carrière semblable à la moyenne de leur catégorie.

A propos de 35 heures, J Calvet regrette qu’elles aient « réduit chez nos compatriotes le goût et la valeur du travail ».

En matière de goût du travail, J Calvet parle d’or. Il sait le récompenser. On se souvient en effet que le 27 septembre 1989, alors que plusieurs usines du groupe PSA sont en grève pour les salaires ( les augmentations de salaire sont très faibles depuis plusieurs années en raison de la situation économique difficile de l’entreprise), le canard enchaîné publie les déclarations d’impôts de J Calvet sur les années 86 à 88 qui prouvent que son salaire a augmenté de 45.9% en deux ans (on était à l’époque loin des niveaux de rémunération actuels des dirigeants !). Cette nouvelle met le feu aux poudres. Les ouvriers font visiter leur usine aux journalistes pour leur montrer à quel point il s’agit d’une porcherie, et notamment l’état des sanitaires.

Visitant une de ces usines quelques années plus tard, je trouve des ateliers repeints à neuf,  impeccablement propres (il est vrai que les 5S et les démarches qualité ont depuis poussé de nombreuses usines à des résultats semblables). Les sanitaires sont dans le même état, il y a même une feuille comme dans certains restaurants avec la signature qui prouve un contrôle toutes les heures. Faut il s’étonner que les ouvriers ainsi traités aient plus le goût du travail, et du travail bien fait.

On peut partager ou non certaines des remarques faites par J Calvet dans sa libre opinion. Mais il n’est sûrement pas légitime pour donner des leçons.
par Gérard Bardier publié dans : Solidarité et cohésion sociale
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Dimanche 16 octobre 2005

Le fonctionnement des caisses de retraites repose sur l’équilibre des recettes et dépenses, que l’on peut écrire en simplifiant comme suit :

 

Total des cotisations versées par les actifs = total des  rentes perçues par les retraités

 

 

Si on regarde de plus près, on s’aperçoit qu’il y a diverses variables en fonction du montant des cotisations et des rentes, et des effectifs de chaque catégorie, d’où l’équilibre

 

 

Nombre d’actifs par classe d’âge * nombre d’années de cotisations * montant des cotisations moyen par individu = Nombre de retraités par classe d’âge * nombre d’années de retraite * montant moyen des retraites

 

 

Il se trouve que dans le temps, certains des chiffres ci-dessus évoluent et qu’il faut donc faire évoluer les autres pour conserver l’équilibre

 

 

La recherche de l’équilibre s’impose dans le secteur privé, où les caisses de retraite recueillent les cotisations et versent les rentes. Quand elles ne sont plus à l’équilibre, leurs administrateurs, représentants syndicaux et patronaux doivent chercher des solutions !

 

 

Dans le public, il n’y a pas de caisse : cotisations patronales et versements de rentes sont noyés dans le budget de l’Etat. On ne sait pas quel est le taux de cotisation de celui-ci Là où il y dans le privé responsabilisation des acteurs, négociation entre ceux qui payent et ceux qui reçoivent,  le système public laisse la place à l’absence de responsabilité des syndicats. Quand au payeur final, le contribuable, est il réellement représenté ?

 

 

.

 

Les évolutions passées

 

 

Le plus régulier de ces facteurs d’évolution est l’augmentation de  l’espérance de vie dans notre pays. A un rythme important : 3 mois par an, soit un an tous les 4 ans, 2.5 années par décennie. Ce mouvement est continu depuis 1919. Il nous a fait gagner plus de 20 ans d’espérance de vie depuis lors. Si les premiers gains résultaient de la  baisse de la mortalité infantile, c’est bien l’allongement de la vie que l’on observe maintenant, grâce aux progrès le l’hygiène, des conditions de vie et de la médecine. Et le mouvement continue : on a gagné 10 mois sur les deux dernières années !

 

 

Ce mouvement augmente automatiquement l’un des facteurs de notre équilibre, le nombre d’années de retraite. Depuis 20 ans, on est passé d’environ 15 ans de retraite à 20 ans en moyenne soit un montant multiplié par 1.33. Et dans les 20 prochaines années,  un gain de 5 nouvelles années est à envisager, soit une multiplication par 1.25

 

 

Par ailleurs, le montant moyen des retraites a également augmenté, au point que les revenus des retraités sont maintenant égaux à celui des actifs. Alors que la moitié des pauvres étaient des retraités il y a 30 ans, le phénomène a quasiment disparu.. Cette évolution très favorable, dont on ne peut que se réjouir pour les intéressés, a été facilité par le fait que les classes d’âge concernées (personnes nées avant le baby boom) étaient peu nombreuses.

 

 

Ces deux évolutions ont été compensées partiellement par une augmentation limitée du nombre d’actifs (environ 15% en 20 ans) : parce que les femmes sont plus nombreuses à travailler et parce que les classes d’âge peu nombreuses d’avant guerre ont été progressivement remplacées par celles du baby boom. Mais le mouvement se termine : les taux d’activité féminin n’est plus très loin de celui des hommes, et ce sont maintenant les classes nombreuses du baby boom qui partent, et elles sont remplacées par des classes moins nombreuses nées à partir de 1975. Le nombre d’actifs risque en fait de diminuer demain

 

 

Il a donc bien fallu agir sur un autre facteur : les partenaire sociaux ont donc régulièrement augmenté les taux de cotisations, patronales et salariales, qui atteignent maintenant un niveau élevé.

 

 

Les évolutions à venir

 

 

Va t’on continuer demain dans cette voie pour faire face à l’augmentation de l’espérance de vie ? Cela parait difficile car un autre facteur se met à augmenter : le nombre de retraités par classe d’âge

 

En effet, arrivent en 2005 à l’âge de 60 ans les personnes nées en 1945. Celles-ci sont beaucoup plus nombreuses que celles qui les précédaient. Avant 1945, il naissait environ 550 000 enfants par an, à partir de 1945 ce nombre est passé à 850 000.. Soit une augmentation de 60 %. Aujourd’hui le nombre de retraités par classe d’âge est faible. C’est aussi ce qui a permis de mettre en place un système de retraite généreux. Mais cela va changer ! Dans 20 ans, la plus grande partie des retraités feront partie de classes d’âge nées après la guerre. Autrement dit, le nombre de retraités par classe d’âge sera multiplié par 1.60. Et comme l’espérance vie aura multiplié par 1.25 le nombre d’années de retraite, les retraités seront deux fois plus nombreux qu’aujourd’hui. Comme le nombre d’actifs ne devrait guère bouger, il faudra pour garder l’équilibre multiplier les cotisations par 2 ou diviser les retraites par 2 ! Et ce nombre ne tient pas compte du fait que les femmes seront plus nombreuses à avoir cotisé et donc à avoir droit à une retraite normale.

 

 

On peut bien sur imaginer d’augmenter les actifs

 

-          en réduisant le chômage : mais si on passe de 10 à 3 % de chômeurs (3 % est un taux très faible), on ne gagne que 7 % de cotisations (et sans doute moins car les chômeurs sont en moyenne moins qualifiés que ceux qui ont un emploi)

 

-          en faisant venir des travailleurs immigrés. En faisant venir 2.5 millions d’immigrés, on n’augmente que de 10 % le nombre d’actifs !

 

 

Pour éviter d’entrer dans une logique de conflit inter générationnel (augmenter les cotisations des 20 / 60 ans ou baisser les retraites des plus de 60 ans), une autre solution a donc été imaginée et choisie par tous nos voisins : augmenter l’âge du départ en retraite.

 

 

En effet, repousser l’âge de départ conduit à la fois à augmenter les cotisation et à baisser le montant des retraites : 1 an de cotisations de plus c’est un gain de 2.5% sur le nombre d’années de cotisations (1 sur 40) et de 5 % sur le nombre d’années de retraites à payer (1 sur 20). Soit un gain de 7.5 %

 

En augmentant de 2.5 ans, on a le même effet que le total d’une réduction du nombre de chômeurs et de l’afflux de travailleurs immigrés (les 3 mesures ne sont d’ailleurs pas incompatibles).

 

C’est pour cette raison que Balladur, à l’époque premier ministre, a organisé en 1993 le passage progressif du nombre d’années de cotisations de 37.5 années à 40 années dans le privé. Ce qu’a fait la loi Fillon pour le secteur public (sauf les régimes spéciaux) en 2003.Les décrets Balladur avaient aussi de fait baissé le niveau des retraites en en asseyant le calcul sur les 25 meilleures années, contre 10 auparavant.

 

 

Mais si la démographie entraîne le doublement du nombre de plus de 60 ans d’ici 20 ans environ, il faudra à la fois

 

Augmenter l’âge de départ

 

Augmenter les cotisations

 

Baisser les retraites

 

 

Appuyer plus fort sur l’un de ces leviers permet d’appuyer moins fort sur les autres et vicie versa.

 

Par exemple, pour faire face à un doublement des plus de 60 ans, on peut faire le mix suivant

 

Départ reculé de 4 ans (effet de * 1.3)

 

Cotisations augmentées de 25 %

 

Retraites baissées de 23 %

 

Si on ne touche pas à l’âge de départ, il faut augmenter les cotisations non pas de 25% mais de 62.5 % !

 

 

On voit bien que le recul de l’âge de la retraite est incontournable.

 

 

Certains à droite avaient imaginé de régler le problème en remplaçant le système par répartition par un système par capitalisation en faisant valoir que le rendement des actifs financiers était plus élevé que l’augmentation du PIB. La chute de la bourse en 2002 les a calmé. Par ailleurs leur raisonnement était contraire aux lois de l’économie . De toutes manières, par la capitalisation ou la répartition (ou n’importe quel autre système), ce sont toujours les actifs qui produisent et payent pour les non actifs !

 

 

La loi Fillon adoptée en 2003 comprend trois mesures principales (et d’autres plus secondaires dont on ne parlera pas ici)

 

Le passage de 37.5 à 40 années de cotisation dans le public d’ici 2008

 

La fin programmée des FNE d’ici 2008

 

La possibilité pour ceux qui ont eu des carrières longues (démarrées avant 17 ans) de partir avant 60 ans. 100 000 personnes ont été concernées chaque année par cette mesure. Ce chiffre devrait baisser progressivement. Cette dernière mesure, qu’on doit essentiellement à la CFDT (qui s’est beaucoup battu pour cela et qui a pris des coups sur le dossier !) répare une injustice profonde : les personnes qui ont commencé tôt cotisaient plus longtemps que les autres, et ont une espérance de vie plus faible, du fait de conditions de vie et de travail moins favorable.

 

 

On se souvient que le vote de cette loi avait donné lieu à une longue grève dans la fonction publique en particulier chez les enseignants et à des actions dans les transports (pourtant exclus de l’application de la loi). Le reproche avait été fait à François Chérèque d’avoir accepté le texte du gouvernement sans consulter sa base.

 

 

Comme on le voit, cette loi ne fait qu’un premier pas : il en faudra d’autres dans les années qui viennent. De nouvelles augmentations de la durée de cotisations sont prévues dans le texte qui envisage même de la faire progresser de 2 mois par .an. En effet, si l’espérance de vie augmente de 3 mois par an, et la durée de cotisation de 2 mois, la vie de retraité augmente d’un mois et le rapport actuel entre dure de cotisation (40 ans ) et durée de retraite (20 ans) est préservé. Par ailleurs, les régimes spéciaux n’ont pas été remis en cause.

Gérard Bardier

 

par Gérard Bardier publié dans : Solidarité et cohésion sociale
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