Les États-Unis seraient-ils en train de rejoindre l’Europe dans le camp des pays dont la pratique religieuse ne cesse de décroître ? Cette question n’est plus aussi absurde qu’elle a pu l’être dans les années 80 ou 90. On assiste en effet à quelques mouvements de la société, encore timides il est vrai, mais qui montrent néanmoins que les Américains s’écartent du microcosme de Washington en ce qui concerne la foi et le conservatisme religieux. Cet écart se manifeste tant dans les comportements que dans les opinions.
Ainsi voit-on des animateurs de confréries religieuses s’inquiéter de ne plus attirer les jeunes. Ce retrait est surtout visible chez les Évangélistes, c’est-à-dire les plus conservateurs des Chrétiens américains. Un sondage alarmant, et très controversé, annonce que seuls 4% des jeunes d’aujourd’hui deviendront des « adultes croyant en la Bible ». Comparés aux 35% de la génération des baby-boomers et 65 % de celle de la Seconde Guerre Mondiale, c’est peu. Et même si ces chiffres sont contestés, les pasteurs évangélistes savent qu’ils sont en train de perdre. « Je regarde les chiffres, dit l’un d’eux, et je vois que nous devenons une Amérique post-chrétienne, comme l’Europe est déjà post-chrétienne. »
Autre signe de cette évolution, les scandales de « moralité » ne trouvent pas dans la population l’écho qu’ils déchaînent à Washington. Déjà lors de l’affaire Monica Lewinski, aussi choqués qu’ils aient été, les Américains ne voyaient dans cette liaison aucune raison d’engager une procédure d’ »empêchement » à l’égard du président Clinton. Des politiciens conservateurs essaient régulièrement de marquer des points par une campagne homophobe, sans qu’aucun n’ait remporté de succès, certains de leurs électeurs, très conservateurs votant néanmoins pour des candidats homosexuels. De même plusieurs législateurs ont clairement fait connaître leur homosexualité sans que cela les empêche d’être réélus même dans des États très conservateurs.
Il y a pourtant une exception très médiatisée aujourd’hui : l’affaire des jeunes coursiers du Congrès et en particulier de celui qui fut harcelé par le Représentant Républicain Mark Foley. Et pourtant, s’il appert que les Républicains risquent de perdre quelques sièges supplémentaires au Congrès à cause de ce scandale, les analyses politiques montrent qu’il ne s’agit pas d’électeurs indignés qui modifieraient leurs votes. Ce sont plutôt les effets de l’abstention d’un nombre croissant de conservateurs religieux, que ce scandale ajouté aux affaires de corruption qui ont rythmé l’année écoulée détourne du monde politique et notamment des élections.
Les Américains seraient donc moins influencés par la religion que leurs représentants au sommet de l’État. En ce qui concerne l’Europe, cette évolution, surtout si elle s’amplifie, est plutôt de bon augure. Si le Bien et le Mal font moins recette auprès de la société civile, on peut espérer que cela se traduise au niveau gouvernemental et que la politique, notamment étrangère, américaine s’en trouve éclairée.
Dominique Thomas
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