L'association

 

Générations Europe s'est constitué en association et a désigné son bureau, constitué de

Marc d'Héré (Président), Martine Bidegain, Elisabeth Boyer, Maryline Lugosi, Gérard Bardier, Gabriel Cohn Bendit et Gilles Norroy

Parmi les premiers signataires de l'Appel:

Christian BLANC (Energies Démocrates), Jean Marie BOCKEL (Gauche Moderne, PS), Daniel COHN BENDIT(Verts), Philippe HERZOG (Confrontations),Bernard KOUCHNER (Réunir, PS) Corinne LEPAGE (CAP 21),Nicole NOTAT, Marielle de SARNEZ(UDF), Lionel STOLERU (MRG)

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EUROPE

Samedi 25 juin 2005

 

La victoire du Non au referendum français, et son ampleur   nous mettent  brutalement  face à  une réalité politique nouvelle. Une analyse approfondie de ses causes et des fractures qu’elle traduit devra être faite. On peut d’ores et déjà penser, qu’au-delà des interrogations et des inquiétudes  touchant directement à l’organisation ou à   l’évolution de l’Europe,   la  situation sociale dégradée,  la persistance d’un  chômage de masse dont on n’entrevoit  pas la fin, l’anxiété pour son  avenir et celui de ses enfants, ont joué un rôle dans ce vote qui en grande partie a été un vote de rejet, de colère et d’angoisse.   Plus profondément il a marqué   sans doute aussi  une nouvelle étape de la crise de confiance qui affecte notre pays, dans lequel   le  fossé se creuse dangereusement  entre les citoyens  et  ceux qui les représentent, plus largement  entre les citoyens et l’ensemble des « responsables ».

Nous devons nous efforcer de répondre à ces inquiétudes et à  ces fractures,     retrouver les moyens du  dialogue avec la société et de la coopération avec les acteurs collectifs. Nous devons trouver  une façon inédite d’aborder la politique et les grandes questions qui se posent à l’Europe et à  notre pays, proposer une vision claire de l’avenir capable de redonner confiance aux citoyens, et leur présenter des projets, adaptés au monde d’aujourd’hui et  en faveur desquels ils souhaitent s’engager.  

 

Dans cet objectif, nous voulons donner un prolongement  aux  contacts et aux   relations  noués lors du   combat  mené en commun  pour le Oui à l’Europe.  Venant  d’horizons différents, nous sommes  animés d’une même foi européenne. Nous  partageons les mêmes objectifs de démocratie élargie,  de justice sociale,   d’efficacité économique et de  respect de l’environnement, même si  nous pouvons diverger  sur les moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir. Conscients de nos différences, nous voulons poursuivre, ensemble,   notre réflexion et nos discussions,  en  concertation avec nos amis d’autres pays européens.    Le réseau « GENERATIONS EUROPE », nous offre, pour ce faire,  un espace  de libre débat, de  confrontation d’idées, mais aussi de recherche et, pourquoi pas,    d’élaboration  de propositions communes. Nous nous efforcerons notamment, dans le cadre de ce dialogue constructif  et de  ce travail collectif,   de faciliter les convergences sur les nécessaires avancées de l’Europe et  sur la capacité qui doit être la sienne à agir dans le monde, mais aussi  sur le renouvellement et l’approfondissement  de la démocratie  et sur  les moyens de redonner à la société française confiance en son avenir et volonté de le construire dans la responsabilité et la solidarité.

 

Générations Europe

 

Pour signer l'appel: écrire à generationseurope@hotmail.fr en indiquant vos noms, prénoms, qualités, votre adresse mail et votre adresse de résidence

 

liste des premiers signataires

 

 

Par Générations Europe
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Samedi 25 juin 2005

Le 22 mai 2005, « Générations Europe » avait organisé un forum à l’Institut Goethe à Paris pour que chacun puisse dire en quelques mots ses raisons de voter « Oui ».

 

N’ayant rien à ajouter à tout ce qui avait été dit, j’ai tenté de faire part de mes craintes quant à notre défaite et des quelques raisons que j’y voyais.

 

  1.     En quoi nous avons mal préparé et mal géré le Référendum

     a) Nous n'avons pas réussi à faire en sorte que dès la constitution de la Convention l'opinion soit tenue au courant de la façon dont elle a été formée, de son travail, des problèmes qu'elle rencontrait. Moi même j'ai appris d'Olivier Duhamel au  cours d'un meeting à Paris que les représentants de gauche ont menacé de quitter la Convention si la Charte Sociale n'était pas incluse dans le traité.

 

            b) Nous n'avons pas réussi à faire en sorte, comme le proposaient les Verts, que la ratification se fasse par le « peuple européen » lui-même. Le traité serait adopté si une majorité de citoyens européen votaient « oui » dans au moins 18 pays sur 25 au cours d'un référendum se déroulant le même jour.

A défaut d'un tel scrutin même si la consultation avait eu lieu pays par pays, qu'elle soit un référendum, car c'est la seule façon de mobiliser l'opinion sur un traité de cette importance, et qu'elle ait lieu le même jour pour les 25. C'était une façon d'éviter la part trop importante prise par les problèmes intérieurs. Hélas ce n'est pas ainsi que se passent les choses.

 

            c) Face à tous les « non » incontestablement à l'opposé les uns des autres nous aurions dù opposer l'unité du « OUI ». Couvrir la France de comités pour le OUI, de l'UMP aux Verts en passant par le PS, les Radicaux et l'UDF. *Il aurait fallu opposer les citoyennes et les citoyens partisans* *d'un compromis aux intégristes de tout bord*. Oui les souverainistes de l'UMP, dont Chirac ont fait des compromis avec des fédéralistes de l'UDF, du PS et des Verts, oui des ultralibéraux et des sociaux démocrates ont fait des compromis pour arriver à ce traité constitutionnel. En face nous avons des souverainistes intégristes, des ultralibéraux intégristes, *auxquels* se rajoute toute l'extrême gauche trotskiste stalinienne et altermondialiste intégriste qui n'ose même plus parler ouvertement de l'économie planifiée sans marché.

 

  2. *En quoi la tradition française de faire de tout vote une présidentielle ou à tout le moins une législative a plombé ce référendum.*

     Hollande l'a dit et redit « le pouvoir n'a pas tenu compte du  résultat des régionales ». Depuis toujours l'opposition qu'elle soit de droite ou de gauche utilise les élections locales, qu'elles soient municipales, cantonales ou régionales pour sanctionner le gouvernement. Toutes les majorités présidentielles   et gouvernementales perdent les élections intermédiaires. Dans cette radition il était normal que le pouvoir en place perde ce référendum.Il faut en finir avec cette tradition. Un président, une assemblée sont élus pour cinq ans, et une élection locale intermédiaire ne doit pas remettre en cause cette élection. La seule solution, en dehors de la révolution bien sûr , serait sans doute de bloquer tous les scrutins importants le même jour

 

 3.) On a le droit de dire non avec n’importe qui mais pas oui.

Si nous sommes habitués à voir l'extrême gauche et l'extrême droite voter ensemble contre « l'etablishment » La droite et la gauche n'ont pas le droit de voter ensemble. Là encore une révolution culturelle est nécessaire surtout en ce qui concerne le centre gauche et le centre droit.

 

   

  4. *La diabolisation du libéralisme par toute la gauche a fragilisé les défenseurs du « oui ».

* Comment partir en guerre contre le libéralisme et défendre un texte incontestablement « libéral » ?

 

   Oui le débat sur l’économie n’a de sens qu’entre libéraux au sens économique du terme. Face à ceux qui ont diabolisé le marché nous avons d'une part les libéraux qui eux diabolisent toute intervention de l’état dans le domaine de l’économie et d'autre part des économistes qui depuis Keynes qui était un économiste libéral et  dénoncé comme tel par la vulgate marxiste jusqu'à Stiglitz, prix Nobel d’économie, conseiller de Clinton critique sans concession des stratégies du FMI et même de la Banque Mondiale dont il fut un des  responsables en passant par Tobin qui a donné son nom à la taxe sur les mouvements de capitaux, tous étaient des économistes libéraux qui prônent des interventions de l’état.

 

   C’est entre ces deux courants du libéralisme économique que passe le clivage, faut-il rappeler que les souverainistes de droite sont des ultralibéraux dont les conservateurs anglais à l’exemple de la Dame de fer sont le modèle.

   Assumer son libéralisme n’empêche pas de combattre l’ultralibéralime, et particulièrement sur le terrain du marché financier véritable menace pour l’économie.

   Quant à l’économie de marché il n’est besoin ni de la diaboliser ni de la diviniser. Le marché est aveugle aux problèmes d’environnement et à tout ce qui touche au très long terme.

   De même qu’il y a un fossé énorme entre Marx et sa descendance léniniste-trotskiste-stalinienne-maoiste, de même il y a un fossé énorme entre libéraux sociaux et ultralibéraux.

   Mais ce fossé ne nous rapproche nullement de l’extrême gauche totalitaire.

 

   Au-delà de la bataille actuelle sur le traité constitutionnel, que nous avons perdue il faut faire émerger une gauche européenne démocratique, socio- libérale, écologique, pragmatique et réformiste aux multiples faces et qui ose faire bouger les lignes de clivages vers le centre, c’est à ce prix et non du côté de la gauche de la gauche qu’une  alternative à la droite musclée et ultralibérale d’un Sarkosy est  possible sans avoir besoin de mentir aux électeurs en leur faisant des promesses qui ne seront pas tenues.

 

Gaby COHN BENDIT

Par Gabriel COHN BENDIT
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Samedi 2 juillet 2005

Au moment où la Grande Bretagne prend la présidence de l'Union, penchons nous sur l'action de Tony Blair, à travers un article écrit par J M BOCKEL à l'issue des dernières élections britanniques.

GENERATIONS EUROPE

 

Tony Blair : la nouvelle voix de la gauche

 

 

1997, 2001 et 2005 : chapeaux bas, Tony Blair et les travaillistes viennent de remporter un troisième mandat. Vu de France, il est tentant de continuer à faire comme si rien ne se passait. Et pourtant…

Le peuple britannique vient à nouveau de reconduire une ambitieuse entreprise de transformation politique et sociale. Il a renouvelé sa confiance à l’homme de la troisième voie, du New Labour qui a si profondément rénové le socialisme anglais.

Nombreux sont ceux qui en France, à gauche surtout, l’ont condamné par avance. Le travaillisme devenant pour eux un libéralisme caché dont les velléités sociales masqueraient mal la soumission au marché.

A rebours, j’ai toujours affirmé qu’une révolution culturelle était en marche, au point d’y voir dès 1997 les prémisses d’une « troisième gauche ». Le New Labour a détourné les travaillistes de leurs archaïsmes. Il leur a permis d’exercer durablement le pouvoir en parvenant enfin à réconcilier le discours et l’action. « Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit », voilà un principe qui à lui seul permettrait la réforme du socialisme français et le conduirait à un exercice enfin durable des responsabilités. D’autant que le travaillisme moderne ne se réduit pas à l’efficacité politique : il a su donner au socialisme, non de nouvelles ambitions, mais plutôt de nouveaux outils. Jamais la nouvelle gauche anglaise n’a abandonné ses ambitions de justice et de cohésion sociale, jamais elle n’a renoncé au volontarisme politique. Mais elle a inventé de nouveaux leviers d’action.

Cela, nous n’avons pas su le voir. Trop habitués à notre propre conception de l’Etat-providence, prisonniers de notre imaginaire national et républicain. Et, sans doute, l’Etat centralisateur, dirigiste et égalitaire, a bien été dans notre histoire le garant du progrès social et de l’intérêt général. Mais les travaillistes ont compris avant nous que dans un monde d’échanges généralisés et de flux, dans un monde d’acteurs individuels, les outils d’une politique progressiste devaient changer.

Alors, oui, regardons la réalité en face. Et pas seulement cette légitimité populaire réaffirmée. Evoquons le bilan et les promesses des années Blair : l’Angleterre du New Labour est bien celle du plein emploi (4,6% de chômage), de la croissance soutenue (2,5% en 2005), de l’inflation contenue et des taux d’intérêt réduits. Mais aussi, et surtout, de la hausse des salaires et du pouvoir d’achat (relativement à la France, le niveau de vie des Britanniques s’est accru de 20% en 25 ans), de l’amélioration des services publics, de la lutte efficace contre l’exclusion et la grande pauvreté (le nombre d’enfants pauvres a diminué de 25% en huit ans).

Ouvrons les yeux sur ses succès. Là où nous avons échoué – chômage  de masse et exclusion sociale – en  multipliant rigidités et mécanismes inefficaces d’assistance, les travaillistes ont accepter de libérer le marché du travail, responsabilisant ses acteurs, encourageant l’esprit d’entreprise et favorisant les investissements dans l’innovation et la recherche. Ils ont ainsi créé les conditions de la croissance et ont obtenu la réussite économique.

Fort bien, entend-on souvent, mais ses succès ont une conséquence sociale.

Oui, celle du plein emploi, de l’augmentation générale du niveau de vie et de la correction progressive des inégalités !

En considérant que la plus grande des précarités est celle du chômage durable, les travaillistes ont fait de la continuité de l’emploi un défi social. Il ne s’agit pas de protéger à tout prix les emplois existants mais de tout faire pour s’adapter aux dynamiques économiques en s’assurant qu’un emploi succède à un autre. Ce qui ne signifie en rien un abandon du rôle de l’Etat, au contraire. La puissance publique agit de manière volontariste en mélangeant contraintes légales, avantages fiscaux et aides à la formation. Ce dont témoigne notamment la création de « maisons de l’emploi » qui ont pour objectif d’organiser au mieux la rencontre entre l’offre et la demande. Les chômeurs y sont suivis individuellement – prestations sociales et recherche d’emploi étant gérées conjointement – et  l’obligation de résultats, c'est-à-dire d’emploi, est régulièrement évaluée.

Ce plein-emploi est un vrai moteur d’intégration sociale et de sécurité sociale. Il donne notamment aux salariés une liberté de choix qui instaure un nouveau rapport de force avec les employeurs et favorise l’augmentation des salaires.

On le voit, fluidité du marché du travail et progrès social ne sont pas incompatibles. Plus largement, les travaillistes ont su articuler l’ambition sociale à la réussite économique.

Et parce qu’ils sont socialistes, ils ont redistribué les richesses ainsi créées. C’est ainsi qu’un salaire minimum a été institué et augmenté de 40% en 6 ans, que l’augmentation volontariste des dépenses publiques a permis des investissements sans précédent en matière de recherche, d’éducation (avec un budget en hausse de 5,75% par an), de santé (+7,25%), de transport et de justice. Oui, Tony Blair est bien l’homme de la rénovation des services publics, démantelés par les conservateurs.

L’Etat providence renaît en Angleterre mais son action et ses méthodes sont nouvelles.

Il investit économiquement et socialement, ce dont témoigne l’importance de la dépense publique. Mais ce qui est distribué est ce qui a été effectivement gagné. Mais la détermination des besoins s’effectue dans la concertation au plus près des réalités. Mais l’action publique se décline en objectifs pragmatiques – réduire le temps d’attente à l’hôpital, les accidents dans les transports publics, le nombre d’enfants pauvres – avec des objectifs chiffrés et des résultats régulièrement évalués. Mais l’Etat n’a pas le monopole des services publics. Des partenariats encadrés avec les entreprises – à l’exemple des  écoles de la « deuxième chance » – donnent à la collectivité de nouveaux moyens.

Voilà comment en inventant de nouvelles formes de régulation et de gouvernance, en conjuguant pragmatisme et volontarisme politique, les travaillistes donnent un nouveau visage au socialisme.

Saisissons notre chance et ouvrons les chantiers de notre rénovation. Au moment où notre parti se cherche, où s’expriment les pulsions de radicalité d’une gauche attachée à la seule contestation et au dirigisme, voilà l’occasion de donner un contenu à notre réformisme résolu. Non pas à travers une improbable copie mais en choisissant d’inventer, à la lumière des réussites du socialisme libéral, d’autres concepts et d’autres pratiques.

A nous, à la gauche, de saisir cette chance de redonner à nos concitoyens un désir politique. Un désir tourné vers une société créatrice et solidaire, à l’envers de tous les replis.

 

 

                                                                                                    Jean-Marie BOCKEL

                                                                                                    Ancien Ministre,

Maire de Mulhouse,

Sénateur du Haut-Rhin

 

Tribune publiée dans Libération le 12 mai 2005

 

Par Jean Marie BOCKEL
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