Le recul du gouvernement sur la question du tabac dans les restaurants est révélateur de l’impuissance totale du pouvoir en place. Dans le même temps, la grève de la faim du député Lassalle pour lutter contre le déménagement d’une entreprise japonaise vers un autre site de la région illustre la manière dont notre pays attend beaucoup de l’Etat.. Ce mélange explosif va-t-il tenir pendant les 12 mois qui nous séparent maintenant de la présidentielle ?
La crise institutionnelle que connaît notre pays et que soulignent de nombreux journaux, touche en effet tous les pouvoirs, à des niveaux inimaginables pour les deux principaux responsables du pays.
Le livre de F.O.G., peu tendre sur Jacques Chirac et, dont le succès est évident, frappe en réalité un homme à terre depuis l’échec du référendum européenne. Pouvons nous imaginer qu’il y a 18 mois, les stratèges de l’Elysée testaient encore l’idée d’un troisième mandat ? Ce même homme qui s’est fait désavouer par son propre parti moins de 10 jours après avoir demandé, lors d’une déclaration télévisée par ailleurs confuse, de modifier le CPE pour diminuer à 1 an la période d’essai et pour réintroduire l’obligation de justifier la rupture du contrat.
Deux anecdotes illustrent à quel point le Président de la République était complètement déconsidéré il y déjà 6mois :
En janvier, le député Christian Blanc publiait une tribune dans le Monde intitulée « Partez Mr le Président (Il faut relire cette tribune à la lumière des événements récents !). Sur environ 150 réactions sur le site du Monde et sur celui du «Pourquoi pas ? », il ne s’en est trouvé qu’une seule pour défendre l’action du président !
Peut être encore plus incroyable, ce qu’on peut lire dans le rapport Pébereau pages 54 et 55: après avoir montré que les suppléments de recettes inattendus sont considérés comme des « cagnottes » et ne sont pas utilisées pour réduire les déficit mais rendues au citoyen, comme cela a été le cas en 2000, un an après que le terme de cagnotte soit apparu dans les médias, le rapport parle d’une idée incongrue puis d’un raisonnement étonnant. Chacun sait que l’auteur de cette idée est Jacques Chirac, à l’occasion de son discours du 14 juillet 1999. Il est vrai que son nom n’est pas cité dans le rapport mais le reproche est transparent.. Il s’agit là, rappelons le, d’un rapport écrit à la demande du ministère des finances, publié par la documentation Française et auquel ont collaboré entre autres des hauts fonctionnaires et un sénateur UMP !
De son coté, le premier ministre qui a pu faire illusion quelques mois a vu sa côte de popularité descendre à des niveaux inimaginables. Déjà que les députés de la majorité ne le portaient pas dans leur cœur à cause d’une certaine dissolution…
Dans cette situation déliquescente, comment le pouvoir va-t-il répondre aux demandes de plus en plus pressantes que vont lui adresser tous les lobbys de notre pays, sous les prétextes les plus divers ?
On se souvient de Lionel Jospin expliquant que « l’Etat ne peut pas tout ». Certains pensent que cela lui a coûté la présidentielle. Cette phrase et la manière dont elle a été reprochée au premier ministre de l’époque illustrent le rapport que les français ont avec le pouvoir central. L’affaire Toyal est la manière dont le député Jean Lassalle est intervenu pour éviter le départ vers Lacq de cette entreprise ne fait que confirmer cette tendance. Que cette affaire ait fait perdre au groupe japonais sa confiance dans notre pays, qu’elle puisse avoir un effet très négatif sur les investissements étrangers, qui s’en soucie à part quelques spécialistes ?
Il faudra donc payer, payer et encore payer, pour essayer d’apaiser tous les débuts d’incendies qui vont s’allumer d’ici les présidentielles, c'est-à-dire dans 12 mois maintenant. C’est ce qui s’est passé en 2001 / 2002. Avec une différence : il y avait de l’argent dans les caisses. Aujourd’hui, notre déficit et notre dette ont atteint ou dépassé les maxima autorisés par les accords de Maastricht. Alors ?faudra t’il faire des chèques en bois ?
Le président de la République actuel a montré que faire des promesses était la meilleure manière de gagner les élections. Les candidats en lice ont bien sûr retenu la leçon. Mais les principaux connaissent aussi la situation de notre pays et les difficultés qu’ils vont rencontrés s’ils sont élus.
Il peut se passer n’importe quoi d’ici avril 2007, mais il est peu probable que ce soit bon pour notre pays.
La seule bonne décision que pourrait prendre J Chirac serait de partir immédiatement.
Gérard Bardier
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