L'association

 

Générations Europe s'est constitué en association et a désigné son bureau, constitué de

Marc d'Héré (Président), Martine Bidegain, Elisabeth Boyer, Maryline Lugosi, Gérard Bardier, Gabriel Cohn Bendit et Gilles Norroy

Parmi les premiers signataires de l'Appel:

Christian BLANC (Energies Démocrates), Jean Marie BOCKEL (Gauche Moderne, PS), Daniel COHN BENDIT(Verts), Philippe HERZOG (Confrontations),Bernard KOUCHNER (Réunir, PS) Corinne LEPAGE (CAP 21),Nicole NOTAT, Marielle de SARNEZ(UDF), Lionel STOLERU (MRG)

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Qui sommes nous ?

Nous sommes un réseau réformiste,  écologiste et européen, fondé par des responsables politiques issus de différents courants , qui ont fait le choix de partager leurs réflexions et de bâtir ensemble des propositions.

Cinq groupes de travail ont été lançés: Relations internationales (1), Développement durable et environnement( 2), Innovation, croissance, emploi (3), Société et démocratie (4), la puissance publique en question (5)

Nos interventions individuelles sur ce blog seront aussi le reflet de notre diversité. Elles n'engageront donc que leur auteur.Les textes communs seront signés GENERATIONS EUROPE

Dimanche 23 avril 2006

Par Denis Mac Shane, député travailliste, ancien ministre britannique des Affaires européennes
( paru dans le Figaro du 22 avril 2006,

La crise politique et économique en France n'est plus l'affaire privée des Français. A travers le monde, les francophiles observent les événements de France avec stupéfaction. Les Européens voient leurs espoirs et leurs ambitions s'évanouir au spectacle d'un Etat pilier de l'Europe qui rejette la modernité. Quand l'Union Européenne  devrait être audacieuse, innovante, incarner un continent du mouvement, la France choisit l'immobilisme, effarée par le changement.  S'incliner devant une poignée d'étudiants et un quarteron de leaders syndicaux est une chose. Mais, désormais, Matignon capitule devant  les buralistes en renvoyant à des jours meilleurs une loi  contre la cigarette dans les lieux publics que le reste de l'Europe a déjà  mise en place.
Mais quand la France approuvera t elle une réforme ? Les conservateurs, à  droite comme à gauche, sont la force dominante en France.

En 1968, jeune étudiant à Oxford, je suis venu à Paris pour partager l'enthousiasme du changement. Aujourd'hui, les étudiants  protestent contre la novation. Le dieu du statu quo est l'idole du moment.
Pour emprunter à Tomaso di Lampedusa, «rien en France ne  doit évoluer de manière que tout soit pareil». C'est la voie royale vers nulle part alors que l'acceptation de la modernité favoriserait tout sauf l'immobilisme.

Les élites françaises, de droite comme de gauche, paient là le prix de leur refus de la modernité. Quand Jacques Chirac s'oppose à la directive sur les services, quand Laurent Fabius rejette la Constitution européenne et quand Valéry Giscard d'Estaing s'oppose à
l'élargissement de l'Europe, naturellement les étudiants et les syndicats s'intègrent, à leur manière, au choeur de ces «nonistes»


Quand la société et l'économie sont, ainsi, bloquées, c'est au politique d'assumer ses responsabilités. C'est ce qu'a fait, courageusement, Gerhard Schröder en Allemagne quand il a admis ne pas pouvoir réaliser son programme de gouvernement. Il a organisé des élections anticipées pour permettre à l'Allemagne d'aller, quand même, de l'avant. La France attendra-t-elle jusqu'en mai 2007 ?
Pour un Britannique, la France est comme un remake des années 70 au Royaume-Uni. A l'époque, toutes les réformes, fussent-elles modestes, étaient systématiquement rejetées par les syndicats et le Labour.
En 1974, quand le Parti travailliste est arrivé au pouvoir, son autorité était nulle en ceci que pour y parvenir, il avait pactisé avec les opposants des réformes. On connaît la suite avec la voie ouverte à Mrs Thatcher par les «nonistes» du moment.
Dans les années 70, le Labour, allié aux syndicalistes communistes et aux étudiants trotskistes, employait le langage qui est celui du PS aujourd'hui. Résultat ? La droite au pouvoir durant deux générations.


Alors, de voir côte à côte, dans les manifestations, la hiérarchie socialiste avec Marie-George Buffet et Alain Krivine, c'était comme assister à un défilé de la 3e et de la 4e Internationale. Au 21ème siècle !
Les forces conservatrices, à droite et à gauche, dominent, en France, depuis deux décennies. La gauche a souffert de l'incapacité de Mitterrand et du PS de renouveler les idées et la pratique socialistes après leur défaite, en 1986. Elle n'a pas fait son aggiornamento. Tony Blair, lui, a éradiqué la pensée rétrograde d'un Labour déphasé. Willy Brandt, en Allemagne, et Felipe Gonzalez l'avaient précédé. Les vieilles politiques, les vieilles doctrines et les
vieux leaders ont été mis au rancart. Radical et même brutal, mais nécessaire. En France, à gauche, personne ne semble vouloir être radical ni prendre de risques. Une sorte de
«molletisme» convenu s'est installé.


A la fin du communisme, la France a esquivé l'adaptation au monde global. Elle s'est persuadée de la fin de l'Histoire et des vertus de son contrat social sans besoin de l'ajuster aux exigences de la modernité. La France a cessé de penser il y a quinze ans. Ou ses penseurs ont sombré dans le négativisme. Mais je suis confiant, une nouvelle génération de penseurs et de leaders politiques apparaîtra bientôt.
Il faut récuser les chants funèbres des «déclinistes». Ils dénoncent, ils dénigrent, mais ils ne proposent aucune alternative.
L'Europe offre une palette de différentes politiques. Si les élites du PS et de l'UMP sont gênées de s'inspirer des bonnes réformes du Royaume-Uni, qu'ils regardent du côté de l'Espagne ! Ou qu'ils s'inspirent du modèle suédois. Dans ce dernier cas, cela suppose
une révolution dans la pensée et l'organisation des syndicats. Il n'y a jamais de grèves en Suède. Les syndicats sont unis. Ils ont rejeté les 35 heures dans les années 80. Les activistes communistes et  trotskistes sont expulsés et marginalisés. Les syndicats ont accepté la globalisation et pratiquent la concertation avec les employeurs.


Le modèle scandinave pourrait fonctionner en France mais à la condition que les syndicats, à l'occasion du centenaire de la Charte d'Amiens, fassent peau neuve. Les ouvriers britanniques de Peugeot en passe de perdre leur emploi, résultat de la mondialisation, n'attendent rien de leurs camarades français. Les syndicats français ont abandonné depuis longtemps les concepts de solidarité européenne et internationale. Les élus de Coventry ne feront pas de grève de la faim, pure posture dans une tranchée illusoire à l'ère de la  mobilité et d'une nouvelle économie.
Cette crise française n'est pas une exclusivité. L'Italie concentre de fortes réticences au changement au coeur de la coalition qui doit succéder au gouvernement à Silvio Berlusconi. Tant que la France, l'Italie et l'Allemagne ne seront pas en harmonie avec le rythme anglo-espagnol-scandinave de croissance et de création d'emplois, l'Europe demeurera au point mort.
De surcroît, l'apparition de différentes formes de protectionnisme et d'égoïsme national dans plusieurs pays rend plus difficiles l'unité et l'intégration européennes. Ouverte ou bien fermée, l'Europe. La France et ses partenaires doivent trouver les leaders prêts à dire la vérité même au prix de manifestations et de grèves de la faim : une Europe refermée sur elle-même est une Europe qui consent à sa disparition.


Toute ma vie, j'ai aimé la France. J'ai perdu l'admiration qu'elle m'inspirait. J'en suis navré. J'ai cessé de vanter ses vertus à mes collègues. Une France qui refuse le changement, qui appréhende la modernité comme une menace est une source d'inquiétude pour quiconque croit dans l'Europe. Et dans la France elle-même.
* Député travailliste, ancien ministre britannique des Affaires européennes.

par Denis Mac Shane publié dans : Vie politique
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Vendredi 21 avril 2006

La gauche italienne, par sa courte mais essentielle victoire, vient de nous adresser une merveilleuse leçon d’intelligence, d’audace et d’enthousiasme. Je souhaite que la gauche française sache s’en saisir, et profite de cet exemple éclairant pour adapter son message et son organisation.

Quelle était la situation en Italie ? Une gauche carbonisée, au sein de laquelle n’émergeait aucune personnalité incontestable, et un Etat totalement accaparé par une droite affairiste et omnipotente.

Plutôt que de s’enliser dans d’inévitables querelles d’ambitions, plutôt que de ressasser les recettes usées qui avaient déjà, par le passé, permis à Berlusconi de s’imposer, la gauche italienne a fait le choix de la remise en question. Celle-ci a été rendue possible par trois parti pris forts : le débat, les primaires et le choix de l’unité.

Si la gauche italienne a finalement remporté la victoire, c’est d’abord parce qu’elle a su débattre et écouter les citoyens, dans le respect de chacun, sans tabou, sans exclusive. C’est ce débat qui lui a permis de devenir une force propositionnelle, et d’offrir à ses électeurs une alternative. Surtout, ce débat s’est fait en dehors des sentiers battus des partis, de leurs commissions plus ou moins transparentes et de leurs compromissions de fins de congrès.

L’outil inventé pour cela par Romano Prodi, la Fabbrica del Programma, fut un lieu d’écoute où les citoyens et les associations sont venus exposer leurs désirs et présenter leurs idées pour réformer leur pays. Plutôt que des meetings pyramidaux, où la masse était invitée à acclamer la parole du chef, Romano Prodi a inauguré une nouvelle façon de faire de la politique, dont chacun à gauche serait avisé de s’inspirer face à une droite tentée, on vient de le voir, de réformer la société sans la consulter.

A gauche, en tout cas, nous ne pouvons pas ignorer la créativité et l’énergie qui montent de la société civile. C’est pourquoi je lance une tournée d’écoute et de débat à travers la France , pour que les Françaises et les Français viennent inventer la France à venir. La première session de cette Fabrique démocratique a eu lieu à Toulouse, et ce fut un formidable moment d’échange. La prochaine aura lieu le 20 à Clermont-Ferrand. D’autres suivront, toutes les semaines, dans des grandes villes de France. Parallèlement, un site Internet permet aux internautes de contribuer à ce courant de création[1].

La seconde innovation majeure qui a permis cette victoire de la gauche italienne a été l’organisation de primaires. Les citoyens, ici aussi, en ont assez des obscures tractations et des accords indéchiffrables qui déterminent au quotidien la stratégie des partis politiques. Les Italiens ont su ouvrir leur manière de penser et de faire, pour rendre au peuple de gauche le droit de choisir celui qui a porté ses couleurs.

On m’objectera que c’est impossible en France, pour mille raisons. Etait-ce donc plus simple en Italie ? Au nom de quelle inertie allons-nous priver les électeurs de gauche de ce premier moment, déterminant, de l’élection présidentielle de 2007 ? Quant aux difficultés d’organisation qui nous sont régulièrement opposées, elles m’apparaissent ridicules au regard des élections que j’ai organisées en trois mois dans le Kosovo en guerre !

La troisième force de la gauche italienne a enfin été de maintenir son unité, malgré les inévitables forces centrifuges et malgré les manœuvres de Berlusconi. Durant les longs mois qui ont précédé l’élection, alors que des divergences plus ou moins grandes sont inévitablement apparues, et que le gouvernement modifiait la loi électorale, les neuf partis de la coalition ont préservé leur unité, sans s’égarer en querelles personnelles ou en surenchères suicidaires… La gauche française ne pourrait-elle, pour éviter un nouveau 21 avril, se plier au même souci de l’intérêt général ?

Par son invention, par son ouverture et par sa détermination, la gauche italienne a su proposer aux électeurs italiens le chemin d’un succès plein de promesses malgré les circonstances, et qui ne s’appuie pas sur les mensonges ou les combinaisons mais ouvre la voie à une réforme honnête et moderne du pays.

Il est aujourd’hui de notre devoir, à nous tous militants de la gauche française, de retenir et d’appliquer les leçons de cette élection.  

 

Bernard Kouchner



[1] www.lafabriquedemocratique.fr

Chronique parue dans le Figaro du 18 avril

par Bernard Kouchner publié dans : la puissance publique en question
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Jeudi 20 avril 2006

Le rôle des partis n’est plus ce qu’il était

 

L’opinion des français sur leurs hommes politiques n’a jamais été aussi négative. On peut craindre que le slogan poujadiste de 1956 « sortez les sortants » ne refleurisse. Mais qui pourrait s’en étonner ? Un de mes camarades de parti compte faire campagne contre un député sortant qui en est à son quatrième mandat : qui pourrait lui reprocher d’insister sur ce point quand de plus en plus d’observateurs pensent que ce phénomène est l’une des explications de l’incapacité de notre pays à se réformer ?

 

Il est intéressant de voir comment les deux candidats les plus probables ont, chacun à leur manière, essayé de contourner les  contraintes inhérentes aux logiques de fonctionnement de leur parti.
Après avoir pris les commandes de l’UMP contre les fidèles du président, Nicolas Sarkozy a lancé une campagne d’adhésion massive, campagne qui semble faire effet. Il retransforme ainsi en parti de militants ou d’adhérents ce qui était forcément devenu un parti d’élus. Il donne aux adhérents en question le pouvoir de peser sur les décisions essentielles que sont dans tout parti les choix des candidats aux élections.

 

De son coté, Ségolène Royal, en lançant à travers son site Internet « désirs d’avenir » et des groupes de travail ouverts aux non adhérents du Parti Socialiste, fait coup double : elle se donne une image d’ouverture et d’écoute des Français, et elle contourne le fonctionnement institutionnel du parti. On se gardera cependant d’oublier que le leader de ce parti n’est autre que son propre compagnon. En réalité, comme son peut être futur adversaire, elle coince les responsables intermédiaires de son parti entre la base et le sommet.

 

Les principaux partis sont (devenus ?) des machines électorales. La présence massive d’anciens de l’ENA à leur tête montre cependant que le processus de sélection des futurs candidats ne s’appuie pas d’abord sur le travail de terrain, la participation aux distributions de tract ou au collage d’affiches dans les circonscriptions mais sur les carnets d’adresses et les services rendus aux dirigeants à Paris. Nous ne devons pas oublier que nous sommes dans le pays qui accorde le plus d’importance, même à 50 ans ou plus, à la peau d’âne obtenue à l’âge de 20 ans. Il est probable que cette sur représentation de ceux qui ont été formés pour penser d’abord «intervention de l’Etat » parmi les dirigeants politiques est une des raisons majeures de l’incapacité à remettre en cause et à réformer notre système public, à donner toute sa place aux initiatives de la société civile : associations, syndicats, entrepreneurs…

 

Les manœuvres de Ségolène et Nicolas peuvent être vue positivement sur ce point. Cependant, quelques remarques populistes de l’une comme de l’autre peuvent inquiéter. Leur parcours qui s’est fait uniquement dans la sphère publique également. Claude Allègre, qui n’est pas réputé pour manier la langue de bois reprochait récemment sur France Inter à sa camarade de parti ce parcours. Il est vrai qu’il s’agit d’un pur produit de l’ENA.

 

De son coté, Nicolas Sarkozy est un bel exemple  de cumulard. Et son comportement hyper actif , près à prendre toute les idées qui passent, s’il est un signe positif d’ouverture, rappelle un certain Jacques Chirac il y a une trentaine d’années

 

Je sens qu’il va encore être facile de choisir ! Enfin, si on n’a pas de Villiers et Bové au deuxième tour, on pourra toujours dire que cela aurait pu être pire….

 

Gérard Bardier

par Générations Europe publié dans : la puissance publique en question
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