Les militaires américains, et notamment les plus gradés, partent en guerre contre le Pentagone. Alors que les Américains eux-mêmes sont à aujourd’hui 60% à trouver que la guerre en Irak est une erreur, alors que les mouvements anti-guerre multiplient les prises de parole et les manifestations, c’est de l’armée même que sont venues les charges les plus virulentes. C’est le cas de deux généraux qui ont dirigé des opérations en Irak et qui ont volontairement interrompu leur carrière pour se joindre à la contestation publique. Ils dénoncent cette guerre, non pas à cause des conditions de combat des troupes sur le terrain, mais à cause de ce qu’ils nomment le commandement « arrogant et délinquant » du Pentagone. Le Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, disent-ils, « n’a pas été un dirigeant de guerre compétent », il a commis « des erreurs stratégiques lamentables» qui se sont traduites « par les morts inutiles de militaires américains, de nos alliés et du peuple irakien lui même » ». Rumsfeld « a rejeté toute contestation honnête » et « n’a pas dit la vérité au peuple américain par crainte de perdre son soutien pour la guerre. »
« La seule question est de savoir si une guerre sert l’intérêt national » déclare un autre général trois étoiles à la retraite, « ce n’est pas le cas de la guerre d’Irak »
Un lieutenant-général à la retraite définit la guerre d’Irak comme « la pire erreur stratégique dans l’histoire des Etats-Unis » et dresse un triste parallèle avec la guerre du Vietnam. Il remarque que la stratégie américaine en Irak, comme déjà au Vietnam, a servi quasi exclusivement les intérêts de ses ennemis.
« J’ai pris ma retraite quatre mois avant le début de la guerre d’Irak en partie à cause de mon opposition à ceux qui ont utilisé la tragédie du 11 septembre pour détourner notre sécurité publique » écrit un lieutenant général des Marines dans Time Magasine. Il déclare la guerre d’Irak « inutile » et affirme que les civils qui l’ont lancée ont agi avec « une désinvolture et une arrogance » qui sont « la spécialité de ceux qui n’ont jamais senti l’odeur de la mort sur un champ de bataille. »
Le fait que tant de généraux à la retraite s’expriment ouvertement contre la guerre et contre Rumsfeld lui-même, et le font y compris devant le prestigieux Conseil des Relations Étrangères de New York, reflète bien la profondeur et l’intensité de la contestation des militaires. La hiérarchie militaire en service, quant à elle ne se révoltera pas ouvertement « Nous ne sommes pas les Généraux Français en Algérie » dit l’un d’eux. « Mais nous savons fort bien que la guerre d’Irak que nous avons gagnée militairement est en train d’être perdue politiquement ».
Il faut rapprocher cette contestation de l’initiative prise par l’armée de réécrire entièrement les manuels de combat pour les troupes. Il s’agit d’abandonner les méthodes héritées de la guerre froide basées sur la supériorité aérienne et la capacité d’écraser une armée adverse. Au lieu de cela on enseigne aujourd’hui des méthodes de maintien de la paix et l’accent est mis sur la protection de la population civile, indispensable pour assurer la sécurité de tous. On y trouve de nombreuses leçons héritées des guerres d’Irak et d’Afghanistan, entre autres la mise en cause des bunkers où se terrent les troupes. « Plus on se protège en s’isolant, peut-on y lire, et plus on est en danger »
Si l’on ajoute à cela le conflit qui a opposé au Congrès les partisans du Président Bush à un groupe de sénateurs républicains tous anciens combattants du Vietnam à propos de l’usage de la torture dans les interrogatoires de suspects impliqués dans des affaires de terrorisme, on mesure la méfiance et la distance qui se sont installées entre les militaires, d’active ou à la retraite, qui aujourd’hui ont décidé que la guerre était une chose trop sérieuse pour être laissée aux civils.
ajouter un commentaire commentaires (3) créer un trackback recommander
Commentaires